Jérusalem : Abbas impuissant face aux auteurs d'attentats

20 novembre 2014 à 17h06 par La rédaction

RADIO ORIENT

A chaque nouvel attentat, Israël accuse le président palestinien d'inciter à la violence, mais Mahmoud Abbas n'a ni le pouvoir politique ni la force policière pour influencer les auteurs isolés agissant en dehors de toute organisation, estiment les experts.

 

Les spécialistes sont catégoriques: M. Abbas ne peut ni encourager ni faire cesser les attaques, et les accusations israéliennes sont un "moyen rhétorique" qu'utilise l'Etat hébreu pour nuire à l'offensive diplomatique internationale palestinienne, dont les premiers résultats apparaissent.

 

L'Autorité palestinienne qu'il dirige est liée à Israël par des accords de coopération sécuritaire. Et à Jérusalem, où a eu lieu la majorité des attentats, elle n'a "aucune souveraineté", souligne Julien Salingue, chercheur en sciences politiques et spécialiste de la question palestinienne. "On ne peut donc pas lui demander d'y faire la police", selon lui.

 

De plus, M. Abbas a dans son ADN le rejet de "la violence armée": "il a été l'un des premiers à avoir appelé à la fin de la deuxième Intifada" (2000-2005), ajoute-t-il.

 

Pourtant, les Israéliens reprochent régulièrement à M. Abbas, celui-là même qui signait avec eux les Accords d'Oslo en 1993, de "ne pas parler en homme de paix".

 

Mais, estime Nathan Brown, chercheur associé au Centre Carnegie, "si son langage s'est durci, il faut y voir le résultat de la crise actuelle, pas sa cause".

 

Jérusalem est entrée dans un engrenage de violences début juillet et l'escalade a franchi un nouveau palier le 22 octobre lorsqu'un Palestinien a jeté sa voiture sur un arrêt de tramway, tuant un bébé et une femme.

 

Depuis, d'autres attentats ont suivi en Cisjordanie occupée, à Tel-Aviv et dans la Ville sainte, où le dernier en date a visé une synagogue mardi, faisant cinq morts.

 

Aucune de ces attaques n'a été revendiquée. Mais les auteurs de certaines d'entre elles étaient membres du Jihad islamique, du Hamas et du Front populaire de libération de laPalestine (FPLP), la gauche palestinienne historique.

 

La plupart ont ensanglanté Jérusalem, là où Israël "mène une politique constante pour démanteler toute forme d'action politique" palestinienne, souligne Stéphanie Latte Abdallah, historienne et politologue.

 

C'est de ce "vide politique" qu'est né "un espace pour ce type d'initiatives individuelles", confirme M. Salingue.

 

Pour Mme Latte Abdallah, les attentats récents sont "des actes spontanés, mal organisés, perpétrés en réaction et non pas pensés en amont par une structure" politique ou militante.

 

Des attaques certes isolées mais qui sont la preuve, pour M. Brown, qu'il existe "une conviction de plus en plus forte parmi les Palestiniens que le processus diplomatique est mort depuis longtemps et qu'il faut une alternative, même violente".

 

Mais si cette conviction grandit dans la population, notamment de Jérusalem-Est, annexée par Israël, Mahmoud Abbas n'a "aucun intérêt à encourager la violence alors qu'il mise sur une stratégie internationale qui commence à porter ses fruits", note Mme Latte Abdallah.

 

La Suède vient de reconnaître l'Etat de Palestine, les Parlements britannique et espagnol ont appelé leur gouvernement à faire de même et les députés français s'apprêtent à voter sur cette question. C'est justement pour "couper court à la campagne d'internationalisation de la question palestinienne menée par l'Autorité qu'Israël lance ces attaques claires" contre M. Abbas, estime-t-elle.

 

Le chef de la sécurité intérieure israélienne aurait lui-même convenu devant des responsables, qui ont fait fuiter l'information dans des médias locaux, que M. Abbas ne pouvait en aucun cas être lié aux violences.

 

"Les Israéliens ne pensent pas réellement qu'Abbas est responsable, c'est un moyen rhétorique", décrypte M. Salingue, une façon de "dénoncer son récent accord de réconciliation avec le Hamas", le rival islamiste de son parti, le Fatah.

 

Faire porter à l'Autorité palestinienne la responsabilité des violences, c'est aussi se donner une marge de manoeuvre pour envisager de possibles sanctions. "Israël a déjà par le passé gelé le reversement des taxes collectées par Israël pour le compte de l'Autorité qui représente un tiers à 40% des recettes palestiniennes", rappelle le spécialiste.

 

Mais, prévient Mme Latte Abdallah, "si Israël n'utilise que le discours sécuritaire et n'apporte aucune réponse politique, cela ne pourra aboutir qu'à des actes de plus en plus désespérés".

 

 

AFP