Contrôle nucléaire : que reste-t-il après New START ?

Modifié : 2 février 2026 à 0h39 par Radio Orient

Le 5 février 2026, le traité New START expirera, laissant le monde sans dernier garde-fou juridique pour encadrer les arsenaux nucléaires américains et russes. Pour la première fois depuis la Guerre froide, la transparence disparaît, les hypothèses deviennent incontrôlables, et l’incertitude stratégique pourrait bien peser plus lourd que les missiles eux-mêmes. Un moment charnière où le monde entre dans un vide nucléaire inédit et inquiétant.

RO
  • Quand les traités s’éteignent, les hypothèses mortifères reprennent le pouvoir
  • Après la dissuasion encadrée, le retour des ombres nucléaires
  • « New START » en chiffres : l’architecture d’un équilibre sous contrainte

Un tournant critique de l’histoire stratégique

Le 5 février 2026, l’ordre stratégique international franchira un seuil d’une gravité exceptionnelle. À cette date, le traité New START arrivera à expiration, mettant un terme au dernier instrument juridiquement contraignant régissant les arsenaux nucléaires stratégiques des États-Unis et de la Russie.

Lisez aussi: Flotte américaine au Moyen-Orient : dissuasion contre l’Iran ou risque d’escalade régionale majeure ?

Sa disparition ouvre une zone de vide normatif sans précédent depuis plus d’un demi-siècle, un retour en arrière vers l’ère pré-1972, lorsque la dissuasion reposait davantage sur l’intuition, la peur et l’approximation que sur des mécanismes stabilisateurs formalisés.

  1. « New START » : un pilier discret mais essentiel de la stabilité nucléaire

Signé en 2010 par Barack Obama et Dmitri Medvedev, entré en vigueur en 2011, puis prolongé une unique fois en 2021, le traité New START constituait l’ultime maillon d’une longue chaîne de régulation héritée de la Guerre froide.

Il instaurait des plafonds stricts et vérifiables :

  • 1 550 ogives nucléaires stratégiques déployées par partie ;
  • 700 vecteurs de lancement opérationnels, pour un maximum autorisé de 800 ;
  • un régime de transparence intrusive, incluant jusqu’à 18 inspections sur site annuelles, des notifications systématiques et un échange régulier de données sensibles.

Ce dispositif ne visait pas à abolir la dissuasion, mais à la domestiquer, en réduisant le risque le plus redouté par les stratèges : celui de la mauvaise interprétation menant à une escalade irréversible.

  1. Après 2026 : le risque majeur n’est pas la bombe, mais l’ignorance

La fin de New START ne se traduira pas mécaniquement par une prolifération immédiate. Le danger véritable réside ailleurs : dans la disparition des garde-fous informationnels.

Privés de mécanismes de vérification mutuelle, Washington et Moscou seront tentés de renouer avec la logique du « worst-case planning », consistant à présumer que l’adversaire dispose des capacités les plus élevées possibles.
Ce raisonnement, historiquement, est celui qui a nourri les spirales d’armement les plus dangereuses et rapproché le monde, à plusieurs reprises, du seuil nucléaire.

  1. Moscou : suspension tactique, posture stratégique

En février 2023, la Russie a annoncé la suspension de sa participation aux mécanismes d’inspection, en réponse aux sanctions occidentales et au soutien militaire à l’Ukraine. Il ne s’agissait pas d’un retrait formel : le traité est demeuré légalement valide jusqu’à son terme.

En septembre 2025, Vladimir Poutine a laissé entendre qu’un respect volontaire et conditionnel des plafonds pourrait être maintenu au-delà de 2026, sous réserve d’un engagement équivalent des États-Unis — une proposition sans cadre juridique, mais révélatrice d’une volonté de conserver une forme de prévisibilité minimale.

  1. États-Unis, Chine : l’équation impossible de la dissuasion élargie

Washington a qualifié la suspension russe de nulle sur le plan juridique, sans pour autant impulser de dynamique crédible en faveur d’un nouvel accord.
Dans le même temps, la Chine refuse toute architecture trilatérale, estimant que l’asymétrie de ses capacités nucléaires la placerait dans une position structurellement désavantageuse.

Ce blocage rend hautement improbable l’émergence, à court terme, d’un nouveau régime global de maîtrise des armements stratégiques.

Un monde sans garde-fous

La disparition de New START n’annonce pas nécessairement l’imminence d’une guerre nucléaire. Elle marque en revanche l’entrée dans un monde plus opaque, moins prévisible et structurellement plus instable.
Dans un système international miné par la défiance, le vide normatif pourrait s’avérer plus dangereux encore qu’une course aux armements assumée.