Accord aérien Algérie–EAU : ce que change la décision d’Alger

Modifié : 13h01 par Radio Orient

L’Algérie a officiellement engagé les procédures de résiliation de l’accord bilatéral de services aériens qui la lie aux Émirats arabes unis, marquant un tournant dans les relations aériennes entre les deux pays.

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 Cet accord encadrait le trafic aérien bilatéral depuis plus de dix ans. Il avait été signé à Abou Dhabi le 13 mai 2013, avant d’être ratifié par décret présidentiel le 30 décembre 2014.

Calendrier et cadre juridique de la résiliation

Selon l’Agence de presse algérienne (APS), l’article 22 de l’accord prévoit que la partie émiratie sera officiellement informée de la décision par les voies diplomatiques. Le secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) sera également notifié afin d’engager les procédures réglementaires nécessaires.

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Les autorités émiraties ont, de leur côté, confirmé que l’accord demeurera applicable durant la période de préavis légale, généralement fixée à douze mois. Les liaisons aériennes entre l’Algérie et les Émirats arabes unis continueront ainsi à être assurées sans interruption jusqu’en février 2027.

L’Autorité générale de l’aviation civile des Émirats (GCAA) a par ailleurs insisté sur l’absence de tout impact immédiat sur les opérations aériennes en cours, selon l’agence de presse officielle du pays.

Trafic aérien concerné

Les grilles de vols prévues pour l’année 2026 indiquent que la compagnie Emirates assure actuellement sept vols hebdomadaires - soit une rotation quotidienne - entre Dubaï et Alger, opérés par des appareils Boeing 777, après une montée en puissance progressive de ses fréquences ces dernières années.

De son côté, Air Algérie dessert également Dubaï à raison de deux à trois vols par semaine. Au total, le trafic aérien entre les deux pays avoisine une dizaine de vols hebdomadaires.

La question sensible des droits de survol

La décision algérienne a suscité des interrogations quant à son périmètre réel. D’un point de vue technique, l’accord prévoit l’octroi des première et deuxième libertés de l’air, permettant notamment le survol du territoire sans escale.

Des spécialistes du droit international de l’aviation estiment que la résiliation pourrait contraindre les avions émiratis à destination de l’Afrique de l’Ouest ou de l’Amérique latine à contourner l’espace aérien algérien. Une telle évolution obligerait des compagnies comme Emirates à emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux. Cette hypothèse reste toutefois suspendue à une clarification officielle des autorités algériennes.

Un impact économique jugé limité

Les analystes du secteur estiment que l’impact économique pour les Émirats arabes unis demeurerait marginal. Les plateformes aéroportuaires de Dubaï et d’Abou Dhabi figurent parmi les principaux hubs mondiaux, reliant plus de 130 destinations, ce qui relativise le poids de la liaison avec Alger dans l’équilibre global du trafic.

La plateforme Arabian Post souligne que les autorités émiraties perçoivent cette décision comme une démarche juridique formelle, et non comme un bouleversement opérationnel soudain. Les régulateurs privilégient, selon la même source, la stabilité et le dialogue dans la gestion des dossiers bilatéraux sensibles.

Les Algériens expatriés, premiers concernés

Les conséquences les plus sensibles pourraient concerner les Algériens établis et travaillant aux Émirats arabes unis. En l’absence de données statistiques récentes, plusieurs rapports font état d’une communauté algérienne importante, fortement dépendante des liaisons aériennes directes.

En cas de suspension des vols directs à l’issue de la période de préavis, les voyageurs devraient transiter par des plateformes régionales comme Doha, Istanbul ou Tunis. Cela impliquerait un allongement du temps de trajet de quatre à six heures au minimum, une hausse probable des tarifs en raison d’une concurrence réduite, ainsi que des contraintes logistiques supplémentaires pour le transport de marchandises et les échanges commerciaux.

Vers une renégociation plutôt qu’une rupture

Selon des experts en droit aérien international, ce type de résiliation débouche le plus souvent sur une phase de renégociation plutôt que sur une rupture durable. La période de préavis de douze mois offre aux deux parties une fenêtre diplomatique pour redéfinir les termes de leur coopération ou conclure un nouvel accord adapté aux réalités actuelles du transport aérien.