Tensions autour du coma d’un détenu palestinien en grève de la faim

14/08/2015 à 4:22 mohamed allan

Mohammed Allan, un prisonnier palestinien en grève de la faim depuis environ 60 jours, a sombré dans le coma, mobilisant l’opinion palestinienne et confrontant Israël à un casse-tête entre le risque de sa mort et la décision de le nourrir de force.
 

Cet avocat de 31 ans accusé par Israël d’appartenir au Jihad islamique que l’Etat hébreu considère comme « terroriste » est tombé dans le coma dans la nuit et a aussitôt été placé sous respirateur artificiel, ont indiqué à l’AFP son avocat Jamil al-Khatib et le Club des prisonniers, l’organisation palestinienne qui défend les près de 5.700 Palestiniens détenus par Israël.
 

Les médecins l’ont placé sous perfusion d’eau salée, a dit son avocat depuis l’hôpital d’Ashkélon (sud d’Israël) où est hospitalisé son client.
 

Mohammed Allan, avocat de prisonniers très peu connu il y encore quelques semaines, a entamé sa grève de la faim le 18 juin, selon le Club des prisonniers, et en était donc vendredi à son 58ème jour.
 

Il a été arrêté en novembre 2014 et placé en détention administrative, une mesure très controversée qui permet à Israël de détenir des prisonniers par périodes de six mois indéfiniment renouvelables sans leur notifier de charges.
 

Le détenu est ensuite entré en grève de la faim après le renouvellement de sa détention, disent ses proches.
 

– Un contexte légal nouveau –

 
Les prisonniers palestiniens engagent fréquemment des grèves de la faim pour dénoncer cette forme de détention ou leurs conditions d’emprisonnement. Mais le cas de Mohammed Allan a pris un relief particulier dans un contexte nouveau. Le parlement israélien a voté fin juillet une loi autorisant à nourrir de force les grévistes de la faim si leur vie est « en danger ».
 

Un moyen, expliquent les partisans de ce texte, de couper court au « chantage » des prisonniers après la libération mi-juillet de Khader Adnane, accueilli en héros par les Palestiniens à sa sortie de prison négociée en échange de la fin de ses 56 jours de grève de la faim.
 

Au contraire, pour les militants des droits de l’Homme, nourrir de force un détenu s’apparente à de la torture.
 

Les autorités israéliennes doivent donc décider si Mohammed Allan deviendra le premier Palestinien nourri de force en vertu de la nouvelle loi. Mais, pour compliquer sa donne, le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu fait face à la révolte des médecins dont l’association invoque l’éthique pour refuser d’appliquer la nouvelle législation.
 

Les portraits de Mohammed Allan, visage pâle et barbe noire très fournie, s’affichent désormais un peu partout chez les Palestiniens et jusque chez les Arabes Israéliens. Son sort accapare les réseaux sociaux et les médias palestiniens.
 

Un millier de personnes ont défilé vendredi sous une nuée de drapeaux palestiniens à Naplouse (nord de la Cisjordanie occupée) près de son village, en brandissant sa photo.
 

– ‘Danger de mort imminente’ –

 
« Mon fils est dans le coma. C’est mon fils, mais c’est aussi celui de tout le peuple palestinien », a dit son père Nasser Eddine.
 

La police et l’armée israéliennes ont été placées en état d’alerte à travers Jérusalem et la Cisjordanie occupée en prévision de manifestations prévues après la grande prière hebdomadaire.
 

De crainte d’une escalade, « l’administration pénitentiaire israélienne a déclaré un couvre-feu » pour tous les Palestiniens détenus dans ses prisons, a rapporté le Club des prisonniers. L’administration israélienne n’a pas confirmé ces informations.
 

Le Jihad islamique, qui a présenté M. Allan comme l’un des siens, a appelé dans un communiqué à « la mobilisation partout ».
 

Avant de tomber dans le coma, Mohammed Allan avait quasiment perdu la vue, n’entendait plus que très faiblement et était incapable de se mouvoir, disent ses soutiens. La semaine passée, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) le disait « en danger de mort imminente ».
 

Il n’absorbait que de l’eau sans complément et refusait tout traitement médical.
 

Tout peut se produire à partir de 50 jours de grève de la faim et le risque d’un décès croît chaque jour, selon les spécialistes. Un être humain qui n’absorbe que de l’eau ne peut guère survivre au-delà de 60 à 70 jours, indiquent les médecins.
 
AFP