Liberté, les poètes écrivent ton nom !

08/03/2016 à 9:07 festival de la poesie

La poésie du XXe siècle vit et revit partout en France pour la 18e édition du Printemps des poètes, du 5 au 20 mars 2016. Programme des réjouissances.
 

« La poésie sauvera le monde », ose le poète Jean-Pierre Siméon en titrant ainsi son dernier essai manifeste (réédité au Passeur). Il suffit de lire Éluard, Liberté, j’écris ton nom, pour se souvenir de son importance au XXe siècle. Et c’est ce poème que le Centre Pompidou a affiché sur ses murs après les attentats de Paris du 13 novembre. Ce lien évident entre le besoin de poésie et la violence du monde, la programmation de la 18e édition du Printemps des poètes, que son directeur, le même Siméon, a placée sous le signe du « Grand vingtième », le rend visible et vivant partout en France. En voici quelques repères à retrouver sur le site.
 
Soutien au poète palestinien Ashraf Fayad
 

Cette édition est dédiée au poète Ashraf Fayad condamné par l’Arabie saoudite, où ce natif de Gaza réside, à 8 ans de prison et 800 coups de fouet pour ses propos et ses écrits poétiques considérés comme « athées ». Une traduction de ses poèmes vient de paraître aux éditions le Temps des cerises, présentés et traduit de l’arabe par le grand poète Abdellatif Laâbi.
 
La galaxie poétique du XXe siècle
 

Dès ce week-end, la poésie déambule sous toutes ses formes, s’affiche plus que jamais dans le métro parisien où, de longue date, la RATP – qui remet son grand prix de poésie le 14 – a entamé un compagnonnage avec les poètes pour le plus grand bonheur de ses voyageurs. Elle court sur les ondes de France Culture pour un week-end intensément poétique, balisant le XXe siècle. Celui-ci s’explore sur la Toile comme une constellation, remarquable voyage multimédia de Ponge à Char, de Ginsberg à Cendrars.
 
Poésie Gallimard a 50 ans
 

Grâce à un catalogue de plus de 500 titres, Poésie Gallimard glisse la poésie du monde entier et de tous les temps dans la poche des lecteurs, et s’enrichit de dix poètes contemporains, de Vénus Khoury Gata à Alain Duault : ceux qui se souviennent du passeur de musique classique ont tout intérêt à découvrir son univers de poète. Il faudrait en citer tant d’autres, de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) à Oscar Milosz, de François Cheng jusqu’à Michel Houellebecq, dans cette part moins visible de son oeuvre.
 
Pléaide d’éditeurs
 

Combien sont-ils, toute l’année, à défendre ce genre ? La Poéthèque, site ressource, donne une idée de la variété des éditeurs qui publient de la poésie et particulièrement en ce printemps. Les éditions Bruno Doucey y consacrent tout leur catalogue, La Différence n’a jamais cessé d’en publier, mais encore Le Cheyne éditeur, Rougerie, Dumerchez, Obsidianne, dès l’enfance les éditions Rue du Monde parmi d’autres offrent leurs premiers poèmes aux lecteurs qui le sont naturellement… On le sait peut-être moins, mais des maisons généralistes comme POL, qui accompagne Bernard Noël, ou le Mercure de France qui édite Adonis (et son tout nouveau recueil Jérusalem), en attendant le mois de mai qui verra la parution du nouveau recueil d’Yves Bonnefoy, ou encore Flammarion, ne lâchent pas leur département poésie. Le romancier Frédéric Brun (auteur de Perla) a décidé de tout miser sur elle en créant sa maison d’édition Poésis, qui vient de publier une anthologie invitant, avec Holderlin, à « habiter poétiquement le monde ». La formule vient du poème En bleu adorable. « L’état de poésie, le seul, selon le poète haïtien René Depestre, qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braise et de tessons », n’est pas réservé à un petit monde de nostalgiques. La poésie se porte beaucoup mieux dans bien des coins du monde, ne serait-ce justement qu’en Haïti, il n’y a qu’à ouvrir l’Anthologie de poésie haïtienne que publie Points, à l’honneur sur la scène de la Maison de la poésie le 18 mars, pour en savoir quelque chose.
 
Poésie sur scènes
 

Le New morning ouvre ses portes le 6 mars aux poètes, en relation avec le festival Voix vives de Sète l’un des grands rendez-vous en province, où, bien des poètes en témoignent, les salles sont remplies lorsqu’ils s’y présentent. Le 8 mars au soir, la Comédie-Française honore les cinquante bougies de Poésie Gallimard avec un plateau de rois. Toute l’année, dans la capitale, la poésie revit dans un havre qui fait le choix de la mêler à d’autres genres et d’en multiplier, par la musique, les performances, la vidéo, les formes : la Maison de la poésie-Scène littéraire ouvre le bal dans « l’ivresse poétique » le 5 mars et poursuit une programmation qui va du Belge Jean-Pierre Verreghen à la poétesse syrienne Maram Al-Maasri. Et dans cette salle qui ne désemplit pas, le public venu entendre l’écrivain Ta–Nehisi Coates, au moment où ce dernier lut en anglais le poème de Robert Hayden The Middle Passage, fut habité, on en témoigne, par un silence de pure poésie.
 

Le Point