Hollande rend hommage à la « jeunesse de France », « frappée en son coeur »

27/11/2015 à 4:01 hommage national

Ils étaient « la jeunesse de France », ils étaient « le visage de la France »: deux semaines jour pour jour après les attentats de Paris et de Saint-Denis, François Hollande a rendu hommage vendredi aux Invalides aux 130 morts et aux centaines de blessés de ces attaques jihadistes sans précédent.
 

« Vendredi 13 novembre, ce jour que nous n’oublierons jamais, la France a été frappée en son coeur », a commencé le chef de l’État, parlant d’un « acte de guerre organisé de loin et froidement exécuté » par « une horde d’assassins » agissant « au nom d’une cause folle et d’un Dieu trahi ».
 

« Aujourd’hui, rassemblée, la Nation pleure ses victimes », a-t-il enchaîné. Le visage fermé, marqué par une intense émotion, une écharpe noire nouée autour du cou, François Hollande a évoqué ces « 130 noms, 130 vies arrachées, 130 destins fauchés, 130 rires que l’on n’entendra plus, 130 voix qui à jamais se sont tues ».
 

Lors d’une cérémonie aussi sobre que brève (47 minutes), retransmise par des chaînes du monde entier, comme la BBC et CNN, il l’a promis aussi « solennellement »: la France mettra « tout en oeuvre » pour « détruire l’armée des fanatiques » qui ont commis les attentats de Paris, revendiqués par le groupe État islamique.
 

« La France restera elle-même, telle que les disparus l’avaient aimée, et telle qu’ils auraient voulu qu’elle demeure », a-t-il poursuivi, « nous ne céderons ni à la peur ni à la haine ». Face aux terroristes, « nous multiplierons les chansons, les concerts, les spectacles, nous continuerons à aller dans les stades ».
 

Fil rouge de son discours: l’hommage à une « génération », qui « malgré les larmes » est « devenue le visage de la France », ce même visage évoqué par André Malraux le 19 décembre 1964 lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon. Pour elle, « l’attaque du 13 novembre restera (…) comme une initiation terrible à la dureté du monde », a conclu le président.
 

Après les honneurs rendus par la garde républicaine au chef de l’État et une Marseillaise, les chanteuses Yael Naim, Camélia Jordana et Nolwenn Leroy ont interprété « Quand on n’a que l’amour » de Jacques Brel, tandis que les portraits des victimes décédées étaient projetés sur fond noir.
 

Familles et blessés, filmés en plans très larges par les caméras du ministère de la Défense, assistaient à la cérémonie depuis la vaste tribune de 2.650 places, érigée dans la cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides. Devant eux, jusqu’à son discours, assis seul sur une simple chaise, François Hollande.
 

La cantatrice Natalie Dessay a ensuite entonné « Perlimpinpin », la chanson de Barbara, accompagnée au piano par Alexandre Tharaud.
 

– ‘Drapeau tricolore’ –
 

Puis les noms des victimes décédées et leur âge ont été égrenés pendant onze longues minutes, dans un silence glacial.
 

Aux côtés des familles et des blessés figuraient le gouvernement, les responsables politiques, placés sans distinction de tendances, le corps diplomatique et, en uniforme, des représentants des services de secours et de police intervenus lors des attentats. Sur tous les visages, la même tristesse, les mêmes sanglots difficilement retenus.
 

Parmi les personnalités du monde politique présentes: l’ancien président Nicolas Sarkozy, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Edith Cresson et Alain Juppé, la maire de Paris Anne Hidalgo, ainsi que de nombreux parlementaires parmi lesquels les présidents du Sénat Gérard Larcher et de l’Assemblée nationale Claude Bartolone.
 

Réaction du père d’un blessé du Bataclan: « C’était à la hauteur de ce que nous attendions, (…) très émouvant. »
 

« Cet hommage m’a beaucoup impressionné, même si au fond ça ne change rien à la douleur que l’on ressent », a estimé pour sa part François Giroud, père de Matthieu Giroud, tué dans la salle de spectacle. « Quand j’entends des gens cracher sur l’État et le gouvernement, l’État nous montre là qu’il est présent avec nous. »
 

François Hollande avait invité tous les Français à se joindre à cet hommage national en pavoisant leur domicile avec le drapeau tricolore.
 

Le mot d’ordre a été peu suivi à Paris, où l’émotion était pourtant bien présente, comme au Petit Baïona. Dans ce bistrot transformé en hôpital de campagne le 13 novembre, les larmes ont coulé sur le visage de Jacques, un retraité accoudé au comptoir. « Les mots reviennent, après le carnage », a-t-il murmuré, les yeux rivés sur le poste de télévision.
 

Quelques fausses notes toutefois dans cette unanimité: une poignée de familles de victimes ont refusé de s’associer à cet hommage, tel le journaliste Jean-Marie de Peretti, qui a déploré l’absence de « décisions fortes » après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier. L’une d’elles a refusé que le nom de son mort soit prononcé.
 

Certains ont regretté aussi que le chef de l’État ne s’attarde pas avec les familles comme le veut une tradition non écrite, comme ce responsable d’une association d’aide aux victimes qui a estimé qu’il « aurait pu rester saluer les victimes ».
 
AFP