FRANCE- Handicap à l’école : « Donner les moyens d’être un élève à part entière »

20/08/2016 à 12:12 ESM_une_handicap-najat-vallaud-belkacem-472x230

| Essentiel Santé Magazine

La scolarisation des élèves en situation de handicap, la médecine scolaire, la santé des étudiants… Essentiel Santé Magazine a interrogé Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, sur ces sujets.

De 3 à 5 ans, la quasi-totalité des élèves en situation de handicap est scolarisée en milieu ordinaire. Après, le taux ne fait que diminuer. Comment améliorer leur parcours scolaire ?


Najat Vallaud-Belkacem : L’école inclusive demande des efforts importants, mais l’enjeu les justifie pleinement. Elle demande aussi une cohérence et une action collective, car si l’école peut beaucoup, elle ne peut pas tout, toute seule, et je tiens à saluer les collaborations que nous avons mises en œuvre avec Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion. Par exemple, la mise en place de conventions entre les établissements scolaires et les établissements médico-sociaux pour mieux accompagner l’insertion sociale et professionnelle des jeunes en situation de handicap.

La continuité du parcours se joue aussi au moment de l’entrée au collège, car une rupture de la scolarité, à un moment aussi décisif, se rattrape très difficilement. Une attention particulière est donc portée par les équipes pédagogiques aux parcours scolaires des élèves en situation de handicap au moment de cette transition.

Les unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) ont été mises en place à la rentrée dernière. Quelle est la nouveauté ?


N.V.-B. : Tous les dispositifs collectifs de scolarisation en milieu ordinaire sont désormais appelés unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS), qu’ils soient au sein d’une école, d’un collège ou d’un lycée général, technologique ou professionnel. Les élèves bénéficiant de l’ULIS sont des élèves à part entière de l’établissement scolaire. Leur classe de référence est celle correspondant à leur âge, conformément à leur projet personnalisé de scolarisation (PPS). Une des nouveautés : les ULIS peuvent répondre aux besoins d’élèves porteurs de troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA).

Certains élèves ne peuvent être scolarisés qu’avec un accompagnement humain. Depuis la rentrée 2014, les fonctions d’auxiliaire de vie scolaire (AVS) sont confiées aux accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Cela a-t-il vraiment permis une reconnaissance de ce métier ?  


N. V.-B. : Cette mesure répond à une de mes préoccupations, car il ne suffit pas de déclarer, « soyez les bienvenus ». Si on ne donne pas concrètement à chacun les possibilités de réellement venir à l’école pour y être un élève à part entière, l’École inclusive ne reste que des mots !

La professionnalisation des personnels se poursuit donc. Déjà 6 000 AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) ayant exercé durant 6 ans des fonctions d’accompagnement du handicap bénéficient d’un CDI. À terme, ils seront 28 000. De plus, 700 postes d’AESH ont été créés aux deux dernières rentrées. Afin de mettre fin à la précarité des personnels en contrat aidé, les 56 000 contrats aidés (20 heures/semaine) seront transformés en 32 000 emplois d’accompagnant d’élèves en situation de handicap (35 heures/semaine). Cette transformation va s’opérer sur 5 ans, et à terme ce seront 50 000 emplois d’accompagnants, formés et stabilisés au sein des équipes pédagogiques.

 

Suite à une conférence de comparaisons internationales sur l’école inclusive, plusieurs préconisations* ont été faites pour favoriser l’inclusion des élèves (accessibilité, outils numériques…). Qu’en pensez-vous ?


N. V.-B. : Dans le cadre du grand plan numérique actuellement déployé dans les établissements scolaires, tous les nouveaux projets de ressources numériques soutenus par mon ministère intègrent les exigences d’accessibilité prévues pour les élèves en situation de handicap. Le numérique apporte des réponses avec des solutions de personnalisation et d’adaptation diversifiées. C’est particulièrement efficace pour les élèves présentant des troubles « DYS » : les supports écrits sont plus adaptés et plus immédiatement compréhensibles.

Quant à l’accessibilité, les bâtiments scolaires relèvent de la compétence des collectivités locales, mais actuellement tout nouvel établissement construit est accessible.

L’accessibilité, c’est aussi permettre aux familles d’accompagner leur enfant tout au long de la scolarité. Quelles que soient leur situation sociale, leur situation de handicap ou leurs difficultés à appréhender la langue française, elles doivent pouvoir accéder à une information claire.

Sur le site du ministère, un espace parents proposera prochainement les principaux textes et dispositifs nécessaires sous différents formats (langue des signes, braille, version audio…) pour permettre à chacun d’en prendre connaissance. Les parents les plus éloignés de l’école pourront ainsi mieux comprendre le système scolaire et accompagner la scolarisation de leur enfant.

Les médecins scolaires qui ont un rôle notamment dans le dépistage des troubles de l’apprentissage, sont de moins en moins nombreux. La médecine scolaire n’est-elle pas menacée ?


N. V.-B. : Les personnels médicaux de l’éducation nationale sont des acteurs essentiels de la politique éducative de santé en faveur des élèves. Les orientations de cette politique ont fait l’objet d’une concertation en 2014 et 2015 avec les organisations syndicales, ce qui a permis de valoriser les missions de chacun dans des nouvelles circulaires. Par ailleurs, mon ministère a engagé en juillet 2015 de nouveaux travaux avec les syndicats, afin de déterminer les mesures complémentaires à prendre pour renforcer l’attractivité de la carrière et permettre aux académies de mettre en œuvre la politique de santé scolaire dans des conditions optimales. De plus, nous incitons les académies à accueillir davantage d’étudiants et d’internes en médecine afin de les sensibiliser aux enjeux de ce métier, en vue d’une éventuelle carrière en milieu scolaire.

Près d’un tiers des étudiants déclarent renoncer aux soins. L’un des axes du plan national de vie étudiante concerne l’amélioration de la santé des étudiants avec notamment l’augmentation du nombre de centres de santé universitaires. Quel est leur rôle ?


N. V.-B. : Actuellement, 22 Services Universitaires de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé (SUMPPS) sur un total de 57 sont constitués en centres de santé. Ils sont implantés, en raison de l’existence de services interuniversitaires, au sein de 31 universités. Le nombre passera à 23 à la rentrée universitaire avec l’ouverture d’un centre de santé à Montpellier. Leur rôle est de proposer des prestations en adéquation avec les attentes et les besoins de la population estudiantine. Ces structures, au sein desquelles exercent des personnels (médecins, infirmiers, assistants sociaux) qui ont une très bonne connaissance du public étudiant, leur apportent une réponse précieuse en matière, notamment, d’accès aux soins (consultations de médecine générale gratuite par exemple). De plus, le centre de santé universitaire permet une approche médicale globale fondée sur la complémentarité entre le préventif et le curatif qui est particulièrement bien adaptée au public étudiant.

SOURCE :ESSENTIEL SANTE MAGAZINE