Attentats: Abaaoud, cerveau présumé des attentats, est mort

19/11/2015 à 3:37 ATTENTATS SAINT DENIS

L’organisateur présumé des attentats du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, a été tué mercredi dans l’assaut contre un appartement de Saint-Denis, a annoncé jeudi le procureur de Paris, un développement majeur dans l’enquête sur les tueries.
 

Son corps, « criblé d’impacts », a été « formellement identifié », « après comparaison » des empreintes digitales, a précisé le procureur François Molins. « On ignore par ailleurs à ce stade si Abaaoud s’est fait – ou non – exploser », a indiqué le parquet.
 

Mercredi, un assaut policier d’ampleur avait été lancé à la suite d’un témoignage indiquant qu’Abdelhamid Abaaoud se trouvait en France.
 

Surnommé Abou Omar al-Baljiki (« le Belge » en arabe), ce jihadiste de 28 ans activement recherché était une des figures francophones de l’Etat islamique (EI), l’organisation qui a revendiqué les attentats (129 morts, 352 blessés).
 

Il avait déjà fait la une des journaux belges début 2014 après avoir emmené en Syrie son petit frère Younes, 13 ans, surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias. Il était aussi soupçonné d’avoir planifié des attentats en Belgique.
 

Son retour en Europe pose des questions sur les failles dans le dispositif mis en place par les services antiterroristes européens.
 

Cette nouvelle intervient dans un contexte tendu, avec le vote jeudi à l’assemblée à la quasi-unanimité de la prolongation de l’état d’urgence, « réponse rapide d’une démocratie, face à la barbarie », selon le Premier ministre.
 

Devant un hémicycle quasi comble et dans une ambiance lourde, Manuel Valls a évoqué le risque d’attentat à l' »arme chimique ou bactériologique », alors que le gouvernement a autorisé en urgence la pharmacie des armées à distribuer un antidote aux armes bactériologiques à des services d’urgence civils en France.
 

« Le risque n’est pas exclu », a commenté sur France Inter un ancien officier supérieur aux services des renseignements, Alain Rodier. Toutefois, ce type de produits (sarin ou hypérite) est « d’un emploi extrêmement difficile, beaucoup moins efficace qu’on peut le croire », a-t-il expliqué.
 

Le texte voté jeudi à l’Assemblée prévoit notamment l’élargissement des assignations à résidence et la dissolution de groupes radicaux chapeautant des mosquées et des lieux de prières extrémistes.
 

– Policiers armés hors service –
 

Côté belge, six perquisitions ont été lancées dans la région de Bruxelles dans l' »entourage direct » de Bilal Hadfi, 20 ans, mort après avoir actionné son gilet d’explosif près du Stade de France, aux portes de Paris.
 

Egalement dans le viseur des policiers: Salah Abdeslam, soupçonné d’avoir mitraillé vendredi les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim qui s’est fait exploser. Il aurait été exfiltré samedi matin depuis Paris.
 

Deux complices présumés de cette fuite ont été arrêtés à Bruxelles et inculpés pour « attentat terroriste ».
 

Un autre jihadiste, non identifié, serait peut-être aussi en cavale.
 

Dans la capitale, si les Parisiens ont retrouvé terrasses et salles de spectacle, l’atmosphère reste lourde.
 

Abrité sous un parapluie cassé, Louis, 21 ans, est revenu pour le troisième jour consécutif devant le Bataclan, où deux de ses amis ont perdu la vie. « Ça me fait du mal et du bien de venir ici », de voir l’endroit « où ils ont passé leurs derniers bons moments », raconte-t-il.
 

Si les rassemblements commémoratifs sont autorisés, il est interdit de manifester en Ile-de-France jusqu’à dimanche.
 

A Lyon, la Fête des Lumières, qui réunit chaque année deux à trois millions de personnes le 8 décembre, a été annulée et remplacée par un hommage d’une journée aux victimes des attentats. Strasbourg s’interroge pour sa part sur la tenue de son célèbre marché de Noël.
 

Selon le Conseil français du culte musulman (CFCM), 24 actes antimusulmans ont été dénombrés depuis les attentats. François Hollande a condamné les agressions mercredi d’un enseignant juif et d’une femme voilée à Marseille, appelant à « une terrible, impitoyable même, réaction ».
 

Depuis les attentats, la question de l’armement des policiers et de la légitime défense est revenue dans le débat et une note de la direction générale de la police nationale prévoit la posssibilité pour les policiers d’être armés en dehors de leurs heures de service.
 

Au total, les mesures destinées à renforcer la sécurité après les attentats coûteront à l’État « 600 millions d’euros » en 2016, selon le ministre des Finances Michel Sapin.
 

– Morts à identifier –
 

Après l’assaut contre l’appartement de Saint-Denis, huit personnes sont toujours en garde à vue.
 

Le procureur de la République de Paris, François Molins, avait évoqué mercredi soir « au moins deux morts » dans l’appartement, dont une personne qui s’est fait exploser – vraisemblablement une femme, qui restait jeudi à identifier.
 

Quatre kamikazes ayant participé aux attentats, français, âgés de 20 à 31 ans, ont déjà été identifiés. Il reste à mettre un nom sur un cinquième homme passé par la Grèce cet automne, auprès duquel a été retrouvé un passeport syrien à l’authenticité douteuse.
 

Sur le front extérieur, les bombardements français en Syrie se poursuivent contre l’EI.
 

L’arrivée en fin de semaine en Méditerranée orientale du porte-avions nucléaire « Charles-de-Gaulle » triplera la capacité aérienne française, qui disposera alors de 38 avions dans la région.
 

S’ils s’opposent sur le sort du président syrien Bachar al-Assad, Moscou et Paris, tous deux touchés par des attaques (à Paris et contre l’avion russe dans le Sinaï égyptien), coopèrent désormais contre l’EI.
 

AFP